Bilan des avancées scientifiques

Actualisation des acquisitions à la connaissance des Lépidoptères du Maroc

 

Bilan résumé des avancées

 

attribuées aux missions marocaines (1992-2016) de Michel Tarrier

 

 

Présentation

 

Les Papillons nous viennent de la nuit des temps, avec quelques millions d’années d’âge, nous racontant la grande genèse des peuplements, nous aidant à décrypter l’histoire de la Terre, et notamment celle de la « Maison du Quaternaire » que nous habitons. Les Papillons qui peuplent le Royaume du Maroc, cet « extrême Maghreb du soleil couchant », appartiennent pour la plupart à la sphère faunistique atlanto-méditerranéenne. Ils ont donc une origine commune avec ceux qui volent en Europe, notamment méditerranéenne. S’y mêlent aussi quelques eurosibériens, témoins des climats plus froids et transfuges des dernières glaciations, présentement « coincés » dans les ultimes refuges orophiles du Haut Atlas. D’autres encore, et assez peu en fait, sont des éléments afroérémiens et tropicaux. Par le jeu de l’isolement des reliefs et des contraintes climatiques, ces espèces originelles ont évolué au fil des temps et donné lieu à l’apparition de sous-espèces, de vicariants et d’endémiques. C’est ainsi qu’à l’instar des roches ou des plantes, mais à leur manière et peut-être mieux, les Papillons – mémoire vive et emblématique – peuvent nous raconter l’histoire d’un Pays comme le Maroc, en nous ouvrant une fenêtre sur le passé géologique et climatique. À l'heure d'une réelle inquiétude écologique, il est bon de savoir les « écouter » !

 

Ces insectes sont d'excellents bio-indicateurs de la santé des sites. Agents essentiels des cycles biologiques, réagissant ipso facto au moindre effet nocif (notamment au niveau des plantes-hôtes dont ils sont tributaires), par un recul ou une extinction, les Papillons sont les véritables révélateurs pour tout diagnostic écologique. Solidaires de chaque écosystème, ils s’en avèrent être les meilleurs marqueurs synécologiques. Leur influence sur les écosystèmes se manifeste autant par leur présence que par leur absence. En ce sens, les plus signifiants ne sont pas à considérer spécifiquement mais en tenant compte de leur redondance, un peu sur le mode d’une guilde. L’utilisation de ces données entomologiques pour une gestion à long terme exige évidemment un suivi dans un concept scientifique. La plupart d’entre eux sont monophages ou oligophages, et étroitement inféodés à des plantes-hôtes sensibles et vulnérables. Il s’agit donc d’une panoplie d’éminents indicateurs biologiques qui réagissent aux modifications nocives par un recul, puis par la disparition. Les « Insectes-outils » sont probablement moins maniables mais sans nul doute plus précis que les vertébrés ou les plantes, tant pour la gestion et la sélection des sites à protéger, que pour l’évaluation de l’incidence biologique en baisse des surfaces menacées, en un mot pour la conservation du patrimoine naturel au service des populations rurales fragilisées par de nouvelles donnes économiques. Les espèces parfaitement sténoèces, hautement vulnérables, ne supportant pas un équilibre rompu par la moindre intervention, pression ou nuisance, sont des bio-indicatrices emblématiques de la valeur d’un milieu, aussi nommées « espèces-ombrelles » ou « espèces clés-de-voute », et veillent à la naturalité de l’habitat.

 

L’utilisation de données entomologiques pour une gestion à long terme exige une validation continue des dites données. Les espèces d’Insectes, dans leur grande majorité, ne sont identifiables que sous la loupe binoculaire, tandis que leur récolte sur le terrain nécessite des méthodes de prospection et d’échantillonnage adaptées. Chaque donnée unitaire implique donc : suivi de visites, capture, montage, étiquetage, identification, archivage et conservation-collection du spécimen dans un concept scientifique.  Ce n’est qu’en respectant les lieux de vie des Papillons et des plantes nourricières de leurs chenilles, plantes le plus souvent rares et sensibles, que l’on pourra lutter contre leur disparition. Les imagos (Papillons adultes) ne sont quant à eux qu’une ressource renouvelable (forte fécondité, courte vie) et leur protection « à la pièce », comme on le ferait pour un rapace ou un grand mammifère, est un modèle erroné. La vraie protection des insectes est évidemment le travail des spécialistes que sont les seuls entomologistes.

La superficie du Maroc est de 713.000 km2, dont 266.000 km2 pour son Sahara. Le domaine de la haute montagne (plus de 2000 m d’altitude) est de l’ordre de 100.000 km2, avec 400 sommets atteignant ou dépassant 3000 m. De cette considérable masse de hautes terres, on ne peut prétendre qu’à une connaissance partielle. Les voies de pénétrations sont très limitées et visiter les montagnes de fond en comble est hors de portée, l’infrastructure des pistes n’étant qu’une esquisse. Si l’on prend les cols comme points de références, parce qu’ils sont souvent propices aux échantillonnages entomologiques, on s’aperçoit en consultant les cartes au 1/100000 ou /50000, que les prospecteurs n’en ont visité qu’une infime partie, pour la plupart ceux desservis par les routes et les pistes. Mais la faune étant assez répétitive, on peut estimer disposer de suffisamment de données pour un stade de connaissances basiques quant à la composition faunistique générale du pays. Et il restera toujours à dresser un inventaire de sites potentiels.

Depuis 1992, Michel Tarrier totalise 3500 jours de terrain et d’observations au Maroc, avec plus d'un million de kilomètres de routes et de pistes parcourues, des milliers de photos, la publication d’une cinquantaine d’articles scientifiques, d'un livre complet sur les Lépidoptères de ce Pays, la gestion d'une banque de données et d'une cartographie complète des Papillons de jour de quelques 5000 références vérifiées et actualisées. Un tel outil faisait totalement défaut pour le Maroc et l’on sait toutes les incidences utiles de l’interprétation cartographique d’un inventaire faunistique. Ce travail de reconnaissance et de prospection s'inscrit dans le cadre d’une sorte d’état des lieux. Ces données ont été notamment exploitées dans le cadre d'une expertise commandée par  l'UICN aux fins de l'élaboration d'une Liste rouge des Papillons du Maroc. Michel Tarrier a retrouvé, découvert et suivi un total de 300 localités lépidoptériques, avec identification des cortèges. Plus de 200 ont déjà été publiées dans différentes revues scientifiques francophones, dont le Bulletin de la Société entomologique de France et Alexanor (Revue française de Lépidoptérologie).

 

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I - Nouvelles entités décrites (nouveaux Papillons marocains pour la science)

 

Lépidoptères Rhopalocères Papilionoidea :

Papilio neosaharae Tarrier, 2016 (Alexanor 27 (3-4): 171-183) (Anti-Atlas et Haut Atlas oriental)

(NB : il s'agit là de la découverte d'une nouvelle espèce, et non sous-espèce, ce qui est exceptionnel dans le panorama d'une faune relativement bien connue !)

Zerynthia africana tarrieri Binagot & Lartigue, 1998 (Anti-Atlas sud-occidental et Souss)

Zerynthia africana christinae Tarrier & André, 2016 (Haut Atlas central)

Pieris segonzaci jadidi Tarrier, 2011 (Anti-Atlas nord-oriental)

Euchloe belemia altamontana Tarrier & André, 2016 (Anti-Atlas sud-occidental)

Euchloe falloui fairuzae Tarrier, 1995 (Anti-Atlas nord-oriental)

Cigaritis allardi estherae f. superba Tarrier & André, 2016 (Anti-Atlas sud-occidental)

Cigaritis monticola micromonticola Tarrier, in litt. (Haut Atlas central)

Cigaritis zohra cryptozohra Tarrier & André, 2016 (Anti-Atlas nord-oriental)

Cigaritis zohra cryptozohra f. microzohra Tarrier & André, 2016 (Anti-Atlas nord-oriental)

Cigaritis zohra guercifi f. anemophilus Tarrier, in litt. (Haut Atlas oriental)

Tomares mauretanicus amelnorum Tarrier, 1997 (Anti-Atlas sud-occidental et Souss)

Caelophrys avis lhafii Tarrier, in litt. (Anti-Atlas sud-occidental)

Caelophrys rubi pumilio Tarrier, in litt. (Moyen Atlas sud-oriental)

Thersamonia phoebus f. magnificens Tarrier, in litt. (Anti-Atlas sud-occidental)

Plebeius martini mgouna Tarrier, 2002 (Haut Atlas central)

Plebeius antiatlasicus Tarrier, 1995 (Anti-Atlas)

Polyommatus amanda pseudotovaTarrier, 2011 (Rif occidental)

Polyommatus atlanticus weissi f. canicularis Tarrier, in litt. (Moyen Atlas central)

Melitaea aetherie delacrei Tarrier, 2011 (Haut Atlas central)

Melitaea deione neonitida Tarrier & André, 2016 (Rif occidental)

Melitaea deione ahansalensis Tarrier & André, 2016 (Haut Atlas central)

Melitaea deserticola alticola Tarrier & André, 2016 (Haut Atlas central)

Melitaea deserticola alticola f. insolita Tarrier & André, 2016 (Haut Atlas central)

Euphydryas desfontainii martae Tarrier, 2002 (Haut Atlas central)

Pyronia bathseba eremicola Tarrier & André, 2016 (Moyen atlas centro-méridional)

Melanargia occitanica megalatlasica Tarrier, 1995 (Haut Atlas nord-oriental)

Melanargia ines arahoui Tarrier, 1995 (Anti-Atlas) 

Hipparchia hansii tansleyi Tarrier, 1995 (Anti-Atlas)

Hipparchia hansii edithae Tarrier, 1995 (Haut Atlas nord-oriental)

Hipparchia hansii subsaharae Tarrier, 2002 (Anti-Atlas nord-oriental)

Hipparchia hansii pseudostatilunus Tarrier, 2011 (Moyen Atlas sud-occidental)

Pseudochazara atlantis mounai Tarrier, 2011 (Haut Atlas central)

 

Lépidoptères Hétérocères Zygaeninae :

Zygaena aurata iblanensis Tarrier, Demange & Delacre, 2007 (Haut Atlas nord-oriental)

Zygaena aurata toubkalensis Tarrier, Demange & Delacre, 2007 (Haut Atlas central)

Zygaena johannae infernalis Tarrier & André, 2016 (Haut Atlas central)

Zygaena favonia excentrica Tarrier, in litt. (Haut Atlas nord-oriental)

Zygaena felix desertícola Tarrier & André, 2015 (Anti-Atlas)

Zygaena beatrix courtinae Tarrier, 2014 (Haut Atlas central)

Zygaena maroccana incognita Tarrier, in litt. (Moyen Atlas central)

Zygaena maroccana andrei Tarrier, 2014 (Haut Atlas central)

Zygaena maroccana souktanaensis Tarrier & André, 2015 (Anti-Atlas nord-oriental)

Zygaena lucasi interposita Tarrier & André, 2015 (Anti-Atlas sud-occidental)

Zygaena orana desertorum Tarrier & André, 2015 (Anti-Atlas)

Zygaena youngi occidentalis Tarrier, in litt. (Haut Atlas central)

 

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II - Présences confirmées d’espèces et sous-espèces soit nouvelles pour le Maroc (*), soit estimées en déclin ou portées disparues depuis plusieurs décennies et retrouvées

 

Lépidoptères Rhopalocères Papilionoidea :

Pontia glauconome (*)

Euchloe tagis atlasica

Colotis chrysonome meinertzhageni(*)

Catopsilia florella (*)

Cigaritis zohra (*)

Cacyreus marshalli (*)

Tarucus rosacea (*)

Plebeius antiatlasicus (*)

Maurus vogelii

Polyommatus coridon (*)

Danaus plexippus (*)

Hipparchia ellena (?) (*)

Hipparchia hansii tlemceni

Hipparchia powelli (*)

Arethusana aksouali

Pyronia tithonus distincta

Coenonympha austauti (*)

 

Lépidoptères Hétérocères Zygaeninae :

Zygaena loyselis fracticingulata

Zygaena loyselis mesembrina

Zygaena favonia sebdouensis(*)

Zygaena zuleima harchaica

Zygaena johannae berabera

Zygaena felix zoraida

Zygaena marcuna ahmarica

Zygaena marcuna tlemceni (*)

Zygaena excelsa rosei

Zygaena alluaudi lamprotes

Zygaena algira oreodoxa

Zygaena algira antoniettae

Zygaena algira ifranica

Zygaena elodia kalypso

Zygaena orana tatla

Zygaena orana oberthueri (*)

Zygaena nevadensis atlantica

Zygaena lavandulae izilanica

Zygaena lavandulae michaellae

Zygaena trifolii nigra

 

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III - Renforcements de la distribution d’espèces considérées comme de statut précaire

 

Lépidoptères Rhopalocères Papilionoidea :

 

Concerne : Papilio saharae ; Zerynthia africana ; Pieris segonzaci ; Euchloe tagis ; E. falloui ; Zegris meridionalis ; Gonepteryx rhamni ; Cigaritis allardi ; Callophrys avis ; Heodes alciphron ; Thersamonia phoebus ; Iolana debilitata ; Plebeius martini ; Maurus vogelii ; Polyommatus amanda ; Melitaea deserticola ; M. deione ; Euphydryas desfontainii ; Argynnis aglaia ; Melanargia occitanica ; Hipparchia hansii ; Chazara prieuri.

 

Lépidoptères Hétérocères Zygaeninae :

Concerne : Zygaena johannae ; Zygaena felix ; Zygaena orana ; Zygaena lavandulae.

 

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IV - Apports géonémiques notables (extensions d’aires, nouvelles zonations)

 

Lépidoptères Rhopalocères Papilionoidea :

Concerne surtout : Zerynthia africana ; Papilio saharae ; Pieris segonzaci ; Euchloe falloui ; Zegris meridionalis ; Cigaritis zohra ; C. allardi ; Callophrys avis ; C. rubi ; Tomares mauretanicus ; Thersamonia phoebus ; Azanus jesous ; Cupido lorquinii ; Glaucopsyche melanops ; Iolana debilitata ; Maurus vogelii ; Plebeius martini ; P. antiatlasicus (complexe de P. allardii) ; Cyaniris semiargus ; Polyommatus amanda ; P. atlantica ; Danaus chrysippus ; Polygonia c-album ; Euphydryas desfontainii ; Argynnis pandora ; A. auresiana ; Melitaea aetherie algirica ; Melanargia occitanica ; Hipparchia caroli ; H. hansii ; Chazara briseis ; Pseudochazara atlantis ; Satyrus atlantea ; Berberia abdelkader ; B. lambessanus ; Hyponephele maroccana ; Pyronia bathseba ; Pyronia cecilia ; Coenonympha vaucheri.

 

Lépidoptères Hétérocères Zygaeninae :

Concerne : Zygaena felix ; Zygaena orana.

 

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V - Nouvelles définitions proposées ou formulations spécifiques confirmées soit par Tarrier, soit suite à des séquençage d'ADN menés par des laboratoires de génétique et de Biologie évolutive (Espagne, Allemagne) sur des échantillons de terrain prélevés par Tarrier. Ne sont pas ici relatés un certain nombre de regroupements génériques.

 

Lépidoptères Rhopalocères Papilionoidea :

Zerynthia africana bona species (nouvelle définition par P. Leraut, 2016)

Iphiclides feisthamelii bona species (confirmation du récent statut)

Papilio saharae bona species (confirmation du récent statut)

Pieris segonzaci stat. nova (nouvelle définition)

Euchloe crameri rifensis stat.nova (nouvelle définition par W. Back, 2008)

Euchloe melanochloros (nouvelle définition par W. Back, 2008)

Zegris meridionalis marocana stat. nova (nouvelle définition par W. Back & al., 2012)

Cigaritis monticola stat. nova (nouvelle définition)

Iolana debilitata stat. nova (nouvelle définition)

Pseudophilotes fatma stat. nova (nouvelle définition)

Plebeius antiatlasicus bona species (confirmation du récent statut) 

Polyommatus celina, stat. nova (nouvelle définition par Wiemers, 2010)

Argynnis auresiana bona species (confirmation du récent statut) 

Melitaea punica stat. nova (nouvelle définition par Leneveu & al., 2009)

Melanargia lucasi bona species (nouvelle définition) 

Hipparchia caroli stat. nova (nouvelle définition)

Hipparchia algiricus stat. nova (nouvelle définition) 

Satyrus atlantea stat. nova (nouvelle définition) 

Berberia lambessanus bona species (confirmation du récent statut) 

Arethusana aksouali stat. nova (nouvelle définition)

Coenonympha austauti stat. nova (nouvelle définition)

Coenonympha fettigii bona species (confirmation du récent statut) 

Lasiommata meadewaldoi stat. nova (nouvelle définition)

 

Lépidoptères Hétérocères Zygaeninae :

Zygaena elodia stat. nova (nouvelle définition) 

Zygaena lucasi stat. nova (nouvelle définition)

Zygaena (nevadensis) atlantica stat. nova (nouvelle définition) 

Zygaena glaoua stat. nova (nouvelle définition)

 

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VI - Apports aux connaissances phénologiques

 

Lépidoptères Rhopalocères Papilionoidea :

Concerne principalement : Papilio saharae ; Euchloe falloui ; Cigaritis zohra ; Thersamonia phoebus ; Maurus vogelii ; Melitaea deione ; Hipparchia algiricus ; Berberia abdelkader ; B. lambessanus.

 

Lépidoptères Hétérocères Zygaeninae :

Zygaena alluaudi lamprotes.

 

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